Depuis que je traîne mes escarpins dans le monde du troisième genre, j’ai toujours connu une certaine forme de friction, voire parfois, de l’animosité entre les travestis et les personnes transgenres. De loin, cette opposition peut sembler évidente. Avec une bonne dose de stéréotypes, les travestis sont résumés à la pratique du sexe et aux fantasmes. Les personnes transgenres c’est l’identité et la personnalité. Avec une vision aussi terre à terre, il est bien normal que les uns et les autres ne souhaitent pas être confondus. Mais dans la réalité, cette frontière est beaucoup moins marquée et les différences sont floues en fonction des catégorisations propres à chacune et chacun. Et c’est bien là le problème des définitions et des classifications. Car il est très difficile de faire rentrer les personnes dans des cases.

Une veille guéguerre

Pour tout dire, cet article et les réflexions qui s’y trouvent, font suite à des échanges virulents d’une femme transgenre envers les travestis. Une discussion que j’ai modérée sur le réseau social Troisième Sexe (voir la copie d’écran de la conversation, ci-dessus). Des propos que j’ai parfois croisés ailleurs. Par exemple, je me souviens d’un site Internet bien connu sur la transidentité où les travestis étaient définis comme des bêtes de sexe. Des personnes qui s’habillent en femmes par jeu sexuel. Sans aucune forme de nuances.

Des interventions qui peuvent faire penser à du trollage, mais tout cela est bien sérieux… Malheureusement.

Plus personnellement, une connaissance me disait dernièrement qu’elle ne pouvait plus être en contact avec moi. En effet, ma petite personne, « un travesti », n’était pas compatible avec son nouveau mode de vie. Dorénavant en transition, elle ne pouvait plus s’afficher avec moi. Je peux vous dire que les bras m’en tombent encore.

Fort heureusement, ces paroles et ces écrits radicaux ne sont pas une généralité. Tout le monde ne participe pas à cette guéguerre communautaire. Bien au contraire même, je côtoie de nombreuses personnes se définissant comme transgenres, travestis, agenre, non-binaire et bien d’autres définitions. Pour la plupart de ces personnes il n’y a aucun jugement de valeur. Alors, je ne vais pas non plus généraliser de mon côté.

Une guéguerre des stéréotypes

Je comprends qu’une femme transgenre ne souhaite pas être confondue avec une personne qui porte des effets féminins par jeu sexuel ou par fétichisme. Car faire une transition, vivre de son véritable genre n’a aucun lien avec une pratique ou une orientation sexuelle. D’autant plus qu’un parcours transidentitaire demande un certain nombre de sacrifices et ce n’est pas une lubie, ou un jeu, mais un besoin vital.

Mais peu importe notre parcours ou notre style de vie, est-ce que l’on peut pour autant rejeter d’un revers de la main toutes les personnes qui ne sont pas, soi-disant, dans notre catégorie ? Bien sûr que non ! En écrivant cela, je pourrais renter dans des démonstrations sociologiques qui vont mener cet article bien trop loin. Je veux simplement dire que les travestis ou d’autres identités du genre ne sont pas à mettre toutes et tous dans le même panier. Il n’y a pas d’un côté les « nobles » personnes transgenres et de l’autre les « pervers », « déviants » et « obsédés ». Car entre le changement de genre et la pratique sexuelle, il existe un nuancier aussi large que possible.

Qu’est-ce que j’ai pu être jugé avec cette photo. C’était il y a plus de cinq ans, je m’amusais avec mon image et les jugements de valeur m’ont réellement touché.

Dans ces nuances, il y a des femmes transgenres qui ont une vie sexuelle. Certes, l’Androcur tue la libido, mais ce médicament n’est pas automatique. Je connais des femmes transgenres qui sont épanouies et actives sexuellement. Il y a également des personnes dans d’autres identités du genre qui n’éprouvent aucun désir sexuel en portant des effets féminins. J’en suis un exemple. Je l’ai d’ailleurs déjà notifié dans un article sur mon orientation sexuelle. J’ai toujours souhaité détacher la partie sexuelle et mon côté transidentitaire. Et cela n’est pas juste une façade pour ma vie publique. Dans l’intimité, je suis également comme cela.

Une guéguerre des classes

Que ça soit moi, n’importe quelle personne transgenre ou Chuck Norris, qui sommes-nous pour juger une personne sur ses activités sexuelles ? C’est du domaine privé. Qu’une personne soit fétichiste des dessous féminins ou si elle aime la présence d’un homme quand elle se travestit, cela ne regarde qu’elle. Elle n’a pas à être traitée d’indigne du genre humain, détraqué ou que sais-je comme insulte. Derrière telle ou telle pratique, il y a avant tout un être humain. Une personnalité qui a des passions, des expériences diverses, des rêves et tant de choses à partager. La cantonner à son intimé est plus que réducteur et haineux. Cette même personne ne va peut-être pas vous apporter son aide dans votre parcours transidentitaire, mais vous échangez dans beaucoup d’autres domaines que vous avez à commun, ou non : le maquillage, les fringues, l’actualité, le sport et que sais-je encore. Fort heureusement, nos relations sociales ne se limitent pas à des étiquettes.

Les catégories, les étiquettes, les classes… et la personnalité dans tout cela ?

Quand je vois certaines étiquettes et classifications, je pense très souvent aux jeunes gens qui arrivent dans ce milieu et plus généralement à toutes les personnes en questionnement : Qui suis-je ? Ou me situer dans tout cela ? Est-ce que je suis un détraqué sexuel ? Est-ce que l’on peut me soigner ? Autant de questions que l’on peut se poser au début et que l’on se demande même des années durant. Alors, imaginez des catégorisations aussi radicales et sans subtilités que celles déjà suscitées dans cet article : travesti c’est sale, transgenre c’est noble. Il y a de quoi se remettre en question devant cette notion du bien et du mal. Je suis passé par là et devant mon mode de vie et mes passions féminines, j’ai parfois eu honte de moi-même et j’ai mis un certain temps à m’épanouir.

Je suis bien conscient que j’ai une force de caractère qui m’a permis d’aller de l’avant. Sans compter les rencontres et expériences qui m’ont également aidé. J’ai mené un parcours qui peut s’apparenter à celui d’une femme transgenre. Je vis tous les jours avec un look éloigné de mon genre de naissance. J’ai fait mes coming out au travail, avec la famille et les connaissances. J’ai un travail et des activités qui peuvent être jugés comme féminins. Oui, le soi-disant « travesti » a également mené son combat et fait des sacrifices. Je suis loin d’être le seul. Je connais des « travestis » qui vivent leur féminité avec leur compagne et leurs enfants. D’autres qui ont pour objectif de se fondre dans la masse à chacune de leurs sorties. Il y a aussi des militants qui luttent contre la binarité homme/femme en se travestissant. Beaucoup d’autres motivations peuvent être citées (par passion, pour s’amuser, pour le spectacle, pour jouer un rôle, etc.). Elles n’ont rien de sale et de dépravante. Et pire encore, elles ne font de mal à personnes.

Peace

Malheureusement, tout le monde n’a pas la chance de se retrouver dans ce brouillard. Beaucoup de personnes ont encore honte d’être elle-même. Certes, notre société n’aide pas. Il y a encore beaucoup d’actes de discrimination, d’insultes et de transphobie rapportée ici ou là. Mais bon sang, cette situation ne s’arrangera pas si l’on se stigmatise entre nous. Personne ne peut se trouver grandi si elle ou il insulte ou prend de haut ses semblables. Personnellement, je me pose toujours deux, trois questions lorsque je m’apprête à juger hâtivement une personne : Qu’est-ce que cette personne fait de mal ? Est-ce que j’aimerai qu’on me catégorise comme je le fais ? Comment j’étais plus jeunes ou à mes débuts ? Bref, soyons un peu plus tolérant les uns des autres et un grand pas vers l’acceptation sera fait.

Peace !

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