« Plutôt bi, homo ou hétéro » ? Voilà sans conteste la question qu’on me pose le plus souvent. Et quand je dis « souvent« , je devrais plutôt dire continuellement. Car cela ne concerne pas seulement les messages des personnes en quête d’une aventure, mais vraiment à tout type de relation : entre personnes transgenres ou lors d’un coming out, par exemple. Comme si l’orientation sexuelle était nécessairement liée aux travestis et aux personnes transgenres plus généralement. Pour faire simple, c’est une question qui me dérange et ces raisons réclament quelques explications.

Pour garder mon intimité et éviter les étiquettes

Avant tout, si je ne souhaite pas répondre au sujet de mon orientation sexuelle, ce n’est en aucun cas à cause d’une quelconque pudeur. Si j’étais timide ou pudique, croyez-moi je ne m’exposerai pas comme cela sur internet et lors de sorties. Et bien entendu, ce n’est pas une question de honte. Il n’y a rien de choquant à être homosexuel, bisexuel, asexuel et d’autres orientations. Et pourtant, je comprends et j’encourage les coming-outs à-vis de l’orientation sexuelle. Car le besoin d’être soi-même auprès de ses proches, de vivre librement et sans culpabilités avec sa famille ou au travail sont vraiment importants dans une vie. Mais je ne suis clairement pas dans cette position. Sur internet ou auprès des personnes que je connais presque pas, je ne pense pas devoir renter dans mon intimité. Les désirs amoureux, les préférences sexuelles, bref la sexualité doivent selon moi rester dans le domaine du privé… ou étendu. Je précise “étendu”, car même si le travail est un endroit public, on y établit des relations sociales dans le temps où l’on parle de notre compagne ou compagnon, des enfants et des anecdotes de famille. Qu’on le veuille ou non, ces échanges impliquent notre orientation sexuelle. Tout cela pour dire que sur un forum, un blog, les réseaux sociaux, ou lors d’une rencontre amicale, la situation est bien différente. Et je ne vois pas en quoi la sexualité a son importance. Pourtant les étiquettes sexuelles reviennent très souvent dans ce genre relation :

petit-bonhomme-culbuto-aimant-“Je suis travesti et 110% hétéro”

Oui et alors ? Cela ne change absolument rien au fait que tu sois travesti ou non et à nos futures relations. Pas d’inquiétude, avec ou sans étiquette, je ne vais pas sauter sur toi. D’ailleurs, il n’y a aucun mal à être travesti et 75% homo par exemple.

petit-bonhomme-culbuto-aimant-2“Je suis une transsexuelle lesbienne”

Pifou, ça fait beaucoup de sexualité dans seulement deux mots. Je sais bien que les personnes transgenres ont besoin de se définir pour ne pas être confondu. Mais à ce point ça fait beaucoup. Tu peux juste me dire qu’après ta transition tu es resté avec ta compagne et c’est largement suffisant.

Franchement, à quoi bon tous ces qualificatifs ? Nous ne sommes pas sur un site de rencontres pour trouver une conquête amoureuse ou encore sur Doctissimo pour parler des problèmes au lit. Alors dès que possible, laissons nos préférences sexuelles dans notre petit jardin intime.

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Travesti, transgenre, agenre … c’est déjà compliqué, alors si on ajoute en plus la sexualité …

Pour éviter les raccourcies

La question de l’orientation sexuelle serait simple s’il n’y avait que le rapport à l’intimité. Car, le point certainement le plus important pour une personne transgenre comme moi est l’amalgame plus que régulier entre les pratiques sexuelles et la transidentité. Vous savez ces clichés de la personne transgenre faisant le trottoir ou du travesti chauffant la terre entière avec sa webcam. Des images véhiculées par les médias, mais ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, par une partie de la communauté ayant une belle visibilité sur internet. De mon côté, je ne souhaite pas renforcer le cliché du travesti = bête de sexe en parlant ne serait-ce qu’un petit peu de mon orientation sexuelle et de ma sexualité. Car l’un de mes souhaits est de totalement détacher la transidenté des pratiques sexuelles. L’acceptation par le grand public passera à ne pas en douter par la dérotisation de notre art de vivre. D’ailleurs, les personnes transgenres ont tellement de choses à partager qu’il serait fort dommageable de les cantonner au sexe.

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Est-ce que j’ai déjà parlé de ma Xbox One et ma passion pour le motif Tati ?

Pour éviter la confusion

Par ailleurs, la question de l’orientation sexuelle démontre parfois une confusion entre la transidentité et l’homosexualité. Il suffit de se remémorer les débats sur la théorie du genre ou du mariage pour tous pour s’en convaincre : les politiques et le grand public sont resté sur une vision binaire de la société et mélange le genre et la sexualité. Or l’orientation sexuelle et l’identité de genre n’ont rien à voir entre eux. Les personnes transgenres comme cisgenres, peuvent être homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel. L’amour, le vrai Amour avec un grand A ne choisit pas le genre, le sexe ou les habits. Enfin, comme je le disais précédemment, cette pensée très simple est loin d’être partagé par tout le monde et je ne veux pas ajouter de la confusion en parlant de mon orientation sexuelle.

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La sexualité c’est un peu comme le Fight Club : ce qui se passe dans ton lit, reste dans ton lit.

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