À l’heure où Caitlyn Jenner fait la une des magazines people, Andreja Pejić devient égérie pour Make Up For Ever, ou encore Laverne Cox qui entre au Musée Madame Tussauds, on est en droit de se dire que les personnes transgenres commencent à avoir une certaine visibilité et que celle-ci est dans l’ensemble positive. Malheureusement, dans les commentaires traitant de ces sujets et sur les réseaux sociaux, la haine est toujours aussi présente. Et en parlant des réseaux sociaux et d’intolérance vis-à-vis des personnes transgenre, le plus célèbre d’entre eux ne fait absolument rien pour arranger les choses… bien au contraire même.


Facebook a beau laisser le choix à ses utilisateurs entre cinquante nuances de genre, ce n’est pas pour autant qu’il respecte le troisième genre. Car entre les nombreuses désactivations de comptes, les messages haineux qui mettent des semaines à être modérés, les travesti(e)s et les transsexuel(le)s ne sont pas toujours à la fête. Cette manière d’agir touche également les pages traitant du transgendérisme et c’est d’ailleurs pourquoi je prends ma plume. En effet, la boutique en ligne travesti.fr a été victime de ce dictat en ayant sa page Facebook purement et simplement supprimée. Aucune raison n’a été donné et on est en droit de se demander pourquoi.

Travesti.fr est une boutique dédiée aux personnes transgenre et son crédo est sans équivoque : des produits adaptés à la clientèle, abordable et sans l’ombre d’un fantasme. La page Facebook était donc à l’image du site : des photos de produits, l’annonce d’opération promotionnelle et quelques sondages. Bien loin de l’image sexuée, dégradante ou je ne sais encore quels clichés que l’on colle volontiers aux travestis. Et encore je parle de sexualisation, mais les pages de sexshops, ou des producteurs de films pornos sont légion sur Facebook, et heureusement elles ne sont absolument pas inquiétées. Alors pourquoi un tel traitement pour travesti.fr ? Tout simplement parce que Facebook est à l’écoute des personnes haineuses et extrémistes. En effet, le réseau social possède un système de dénonciation et celui-ci est particulièrement apprécié des radicaux de tout poil, friand de casser du travesti. Il n’y a aucune intelligence, ni d’humain dans ce processus, dès que votre page dépasse le quota de signalement, celle-ci disparaîtra des bases de données du site. Le point Godwin me démange….

Pour un site comme travesti.fr, ce traitement est néfaste sur ces activités. N’importe quel site de vente en ligne fait tout son possible pour être visible et en bonne position sur Facebook. La guerre aux likes permet de cibler au mieux son cœur de cible et la moindre personne qui suit votre page est une petite victoire. Et c’est d’autant plus important sur un public de niche, comme celui-ci des personnes transgenres. Les quatre mille « fans » représentaient beaucoup aux yeux de la boutique. C’était un énorme travail de communication et aussi un cout non négligeable en achetant des billets sponsorisés. Des heures de boulot et de l’argent parti en fumée à cause de l’intolérance du géant américain. Nul doute que cette histoire va avoir des conséquences sur la jeune entreprise, mais Facebook est bien trop gros et puissant pour s’en préoccuper.

Après cette mésaventure, j’espère qu’Olga et Julien vont savoir rebondir. Pour les soutenir et pourquoi pas les aider, je souhaite aussi que ce message soit partagé autant que possible (blogs, associations, médias, réseaux sociaux… ). Il ne faut pas rester muer face à Facebook et à l’intolérance en général. Quant à moi, je vais supprimer mes comptes, car comme le dit Julien : « puisqu’un site de vente sur le travestissement ouvert à tous les publics n’est pas le bienvenu, je ne suis vraisemblablement pas le bienvenu« .

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