À moins de vivre au fin fond d’une grotte islandaise, personne n’est passé à côté d’une des nombreuses actualités de Caitlyn Jenner. La transition hyper médiatisée de la star est d’ores et déjà l’un des événements majeurs de l’année 2015. Oui, oui, un événement bien plus important que le renoncement de l’Islande à rentrer dans l’Union européenne. Mais je m’égare… Suite à cette annonce, Caithlyn Jenner s’est vu propulsée porte-parole de la communauté transgenre. On peut alors légitimement se demander si le choix de cette icône, et la nouvelle tendance médiatique pour les personnalités transgenres sont des réelles avancées.

De Bruce champion Olympique à Caitlyn égérie mode

Caitlyn Jenner est née William Bruce Jenner, le 28 octobre 1949 dans l’état de New York. Dès l’âge de vingt ans, Bruce Jenner se distingue dans le décathlon, sport dans lequel il obtient de très bons résultats. Le point culminant de sa carrière sportive a lieu lors des jeux olympiques de 1976 où il remporte la médaille d’or du décathlon. Suite à cette performance, il obtient son troisième record du monde.

Dans la vie privée, Bruce Jenner se marie à Kris Jenner en 1991 avec laquelle il a deux filles : Kendall et Kylie. Des noms qui sont loin d’être inconnus du grand public. En effet, depuis 2007 la famille Jenner, accompagnée de la famille Kardashian (les enfants du précédent mariage de Kris Jenner) sont les stars d’une téléréalité : L’incroyable Famille Kardashian. En 2013, Bruce Jenner se sépare de Kris Jenner après 22 ans de mariage. Malgré tout et après dix saisons, le show télé est toujours aussi populaire dans le monde. Les participants du show obtiennent en 2015 le plus gros contrat de la télé-réalité et les spin-off se multiplie.

En parallèle du petit écran, Caitlyn Jenner débute sa transition en 2014 avec la réduction de la pomme d’Adam. Bien qu’elle réfute dans un premier temps toute forme de transition, Caitlyn révèle qu’elle est une femme dans une interview du 24 avril 2015. Les choses s’accélèrent et le 1er juin 2015, Caitlyn Jenner pose pour la couverture du magazine Vanity Fair. Elle devient officiellement une femme et s’ouvre à de nouvelles perspectives….

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Presque quarante années séparent ces deux clichés, quarante ans avant d’être soi-même …

Un nouveau statut médiatique

Je tenais à faire cette rapide biographie de Caitlyn Jenner afin de montrer que son explosion médiatique, l’engouement pour sa personne, ainsi que ses propos ne sont pas les fruits du hasard. Ancienne gloire du sport et star hyper populaire de la téléréalité, voilà un cocktail qui assure l’attraction de tous les médias lorsqu’on annonce la naissance de Caitlyn Jenner. À cela s’ajoute une communication magistralement maitrisée : la montée en puissance des événements, le choix des médias, le poids de chaque mot dans les interviews et de son combat personnel qui est devenu celui de la reconnaissance des personnes transgenres. Pour résumer, en l’espace de quelques mois, Caitlyn est passée d’une star superficielle de la télé à un statut de militante transgenre, égérie de la mode et femme du monde.

Une nouvelle dimension qui a de quoi imposer le respect et l’admiration. En tout cas, pour le moment la presse semble conquise et les articles entourant la star sont dans l’ensemble positifs. On ne compte plus les textes ventant les choix vestimentaires de Caitlyn, les témoignages des proches qui soutiennent ses choix, les discours émouvants de l’ancienne athlète et bien sûr les nombreux dossiers plaçant madame Jenner comme la nouvelle icône transgenre. Certes, il y a quelques critiques notamment sur fait que Caitlyn Jenner véhicule les stéréotypes du genre. Mais dans la majorité des cas, les médias préfèrent louer le courage et le combat de la star, plutôt que les insultes ou les moqueries qu’elle inspire à certaines personnes.

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La nouvelle dimension de Caitlyn Jenner l’amène à faire des discours émouvant.

Le respect des personnes transgenres

La une du Vanity Fair a permis de mettre en évidence certaines lacunes grammaticales de la presse française. La règle est pourtant simple : si une personne se définit d’un genre, il suffit d’utiliser le pronom personnel adéquat. Logiquement forts d’un bagage littéral conséquent, les journalistes ont pourtant été nombreux et nombreuses à faire l’erreur :

Triste constat devenu presque banal. Mais cette fois-ci, une partie de la presse s’est permise d’épingler les mauvais élèves :

Pour des personnes extérieures aux sujets, il est sans doute facile de faire des erreurs entre le masculin, féminin et les adjectifs à employer. C’est pourquoi aux États-Unis en particulier, il existe des guides et recommandations à l’égard des personnes transgenres. Sous l’impulsion d’une association de journaliste : l’AJLGBT, la France commence à prendre en exemple ces bonnes pratiques. En 2014, une charte contre l’homophobie et la transphobie a été signé par une cinquantaine de rédaction. Une excellente initiative qu’on ne peut que saluer et encourager. Hélas celle-ci semble encore marginale quand on voit l’absence d’énorme média comme TF1, France Télévisions ou encore RTL. Mais gageons qu’avec ou sans chartes, l‘exposition de Caitlyn Jenner va créer un cercle vertueux dans les médias et donner une voix positive et active aux personnes transgenres.

La transphobie n’est jamais loin

Si des stars comme Lady Gaga, Kanye West et même Barack Obama ont salué le courage et l’avènement de Caitlyn Jenner, celle-ci a hélas subit les affres de la haine, plus communément appelé transphobie. Dans les articles, les frasques méprisantes de Snoop Dogg, Timbaland ou encore de Clint Eastwood ont été mises en avant. Bien que généralement dénoncées, ces messages, articles et blagues de mauvais gout n’étaient finalement qu’une goutte d’eau dans un océan de haine. Situés à quelques pixels de là, les commentaires des milliers d’anonymes se sont littéralement déchainés sur cette « anormalité » :

Voici quelques exemples qui confirment les théories du Gorafi : « Lire les commentaires sur Internet donnerait le cancer du cerveau, l’eczéma et le tétanos ». Plus sérieusement, sous couvert de croyances religieuses, de valeurs morales, d’intolérance et bien protégé derrière une adresse IP, la meute de loups est des plus virulentes envers les personnes transgenres. A un point où même Instagram est obligé de supprimer le hastag « #CaitlynJenner », le temps de contrôler le torrent de haine. Sans grande surprise, les références à Dieu sont les plus utilisés. Pour sûr, être soi-même est un péché et cela annonce l’apocalypse…

Néanmoins, la majorité silencieuse porte bien son nom. Je reste persuadé que la plupart des personnes sont totalement neutres sur le sujet, ou n’ont pas le temps et l’envie de commenter la vie de Caitlyn Jenner. C’est bien connu, la nature humaine nous amène à critiquer avant de voir le positif. D’ailleurs sur Booking.com, je suis le premier à commenter négativement un hôtel qui m’a déplu, et à l’inverse, trainer les pieds lorsqu’il faut noter un excellent séjour.

Pour une personne comme moi qui baigne constamment dans le transgendérisme, le sujet me touche particulièrement, et me sensibilise à la moindre dérive. Mais quand est-il de notre entourage, de nos collègues en pleine conversation autour de la machine par exemple ? Je ne pense pas que les débats ont été vifs sur la transition de l’ex-sportive. Au mieux, il y a une référence et au pire une blague de mauvais gout, mais je ne pense pas qu’une de vos collègues s’est écriée : « Il faut les bruler en enfer » ! Enfin, je l’espère.

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Les esprits sont parfois très étroits….

De l’inconnu à l’acceptation

Encore à notre époque, les notions de transsexualité, travestissement ou même du genre sont encore flous pour beaucoup de monde. Comme énoncé précédemment avec certains médias, le monde des « T » renvoie à des clichés et à beaucoup d’incompréhension pour une partie de la société. Perçue comme une maladie mentale, liée nécessairement au sexe, les personnes transgenre sont encore rejetées et considérées comme des parias de la société. L’inconnu fait peur et ce n’est pas pour rien qu’en France 85% des personnes transgenres affirment avoir souffert de transphobie.

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Faire changer les mentalités et casser les clichés ne sont pas des choses évidentes. La France et ses médias restent avec plus de trente ans de reportages sur la prostitution des transsexuelles et des fantasmes fétichistes des travestis. Ce n’est pas glorieux. Mais ces dernières années, l’arrivée d’icônes transgenres ont permis d’améliorer cette situation. La multiplication des publications concernant Laverne Cox, Lana Wachowski, Andreja Pejic et beaucoup d’autres personnalités transgenres ont donné une nouvelle représentation. On parle désormais des difficultés d’une transition, des problèmes d’acceptation, mais également et plus positif de la réussite de ces femmes. Bien qu’on frôle parfois l’overdose avec les Caitlyn Jenner en couple avec une actrice transgenre, Caitlyn Jenner chez MAC et les dix bonnes raisons de voir le talk de Caitlyn Jenner. Cette abondance d’articles permet de faire rentrer les personnes transgenres dans les mœurs et de changer les mentalités

Nous ne sommes pas encore dans une acceptation totale de la société. Pour cela, les politiques doivent faire beaucoup : simplifier le changement d’état civil, dépsychiatrisation des parcours et faciliter le changement de sexe. Des personnalités comme Caitlyn Jenner apportent leur pierre à l’édifice en permettant de rappeler l’existence des personnes transgenres. D’ailleurs, l’exemple sera certainement donné par les générations futures. Le site Sheknows a ainsi confronté des enfants à la transition de Caitlyn Jenner et voici leurs réactions :

Peu importe si nous parlons de différences de race, d’orientation sexuelle, d’égalité des sexes, ou d’identité de genre. Les enfants doivent comprendre que nous sommes tous uniques et spéciaux dans notre propre chemin. Que nos différences nous rendent meilleurs.

Nous ne sommes pas toutes et tous des Caitlyn Jenner

Les femmes médiatisées le savent, sous le feu des projecteurs, il faut mettre en valeur ses atouts physiques pour obtenir un minimum d’intérêt. Caitlyn Jenner ne fait pas défaut à cette règle et la couverture du Vanity Fair en est la preuve. Avec ses longs cheveux ondulés, son décolleté, son corset et sa petite culotte, pas de doute c’est l’image de la femme fatale, de la pinup. Les photos qui accompagnent cette une ne laissent aucun doute sur sa beauté, et par-dessous tout sur sa crédibilité en tant que femme aux yeux du grand public. Elle ne casse pas les codes binaires du genre et son image aspire le respect et sa popularité auprès des médias. Or, grâce à ses moyens et son statut social, Caitlyn Jenner a eu la chance d’avoir une transition rapide et réussie. C’est loin d’être le cas de tout le monde. Beaucoup doivent se contenter d’un traitement hormonal. Elles éprouves des difficultés pour avoir accès aux soins. Et la chirurgie esthétique et autres traitements (épilation, orthophoniste…) sont inaccessibles aux revenus les plus modestes. C’est pourquoi l’acceptation des personnes transgenres ne doit pas être fondée sur des critères de beauté. Il n’y a pas de transition ratée ou réussie, l’important est d’être soi-même et de considérer avant toutes choses la beauté intérieure.

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«My Vanity Fair Cover» a permis de montrer la diversité des personnes transgenres.

Caitlyn Jenner est devenue l’ambassadrice des personnes transgenres, mais ce n’est en aucun cas l’unique représentante. La diversité existe également chez les « T » et celle-ci doit être mise en avant également. On peut citer l’actrice Laverne Cox qui doit faire face à une triple discrimination : le sexisme, la transphobie et le racisme, mais dont l’activisme n’est plus à prouver. Il y a aussi les mannequins comme Andreja Pejic, Hari Nef et Lea T qui sont respectivement les plus grandes muses de la mode. Sans oublier Jaiyah Saelua qui est la première footballeuse à jouer un match international. Je pourrais citer Martine Rothblatt, la PDG la mieux payés des États-Unis, Honey Dijon une célèbre DJ qui remplit les boîtes de nuit du monde entier, ou encore Lana Wachowski qui continue à réaliser des blockbusters et des séries avec son frère. Elles ne sont pour le moment qu’une poignée, mais le spectre commence à s’élargir et à se diversifier.

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Une diversité qui manque encore cruellement d’hommes transgenres. Et ils ne sont pas les seuls absents. Excepté Marie-Pierre Pruvot (alias Bambi), il n’y a en France aucune personnalité transgenre régulièrement représentée dans les médias. D’ailleurs, Bambi résume parfaitement la situation française :

Marie Pierre Pruvot« Lorsque, comme nous, on véhicule une odeur de soufre, nos proches s’en trouvent contaminés. Il arrive que nos compagnons soient tenus à l’écart par leur propre famille, et ils doivent prendre des précautions, ne pas s’afficher avec nous pour ne pas nuire à leur réputation dans l’entreprise. Que faire ? On n’a pas les moyens d’affronter la société. Ce n’est pas notre président, après la secousse du mariage pour tous, qui pourra encore nous aider.
Voilà pourquoi certaines d’entre nous, qui font florès dans leur métier, dans toutes sortes de disciplines, prennent soin de ne pas révéler leur parcours et jouissent d’un succès qu’elles ne doivent qu’à leur talent. »

Aujourd’hui Caithlyn Jenner, demain vous ?

À dire vrai, j’ai longtemps exprimé des doutes sur Caithlyn Jenner. Le fait de vivre dans le « star-system » et d’être propulsé du jour au lendemain en femme fatale hyper sexualisé, n’était selon moi qu’un coup médiatique, sans réelle avancée pour la cause transgenre. Mais force est de constater qu’elle a dépassé le statut de « Bimbo« . Au-delà de la une du Vanity Fair, il y avait son interview pour le même magazine et ses quelques discours qui ont montré une autre facette de Caithlyn : une femme militante. Il y a encore tellement à faire dans ce domaine. Néanmoins, ce n’est pas simple d’être pionnière ou pionnier face au coming-out, au média et au possible rejet qui en découle. Mais il est certain qu’une plus grande représentation des personnes transgenres contribuera à construire un avenir meilleur et plus ouvert.

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